Hans Hartung


Hans Hartung naît à Leipzig, le 21 septembre 1904 . Son père et son grand-père maternel sont médecins. Ce dernier, musicien et peintre autodidacte, comme sa mère, est passionné de musique. C'est là, sans doute, l'origine d'une sensibilité musicale qui se développera et s'orientera plus particulièrement vers la musique des XVII et XVIIIe siècles ainsi que vers la musique moderne et dodécaphonique.
L'astronomie et la photographie passionnent l'enfant qui fabrique même un télescope couplé d'un appareil photographique.
Très attiré par la nature et la religion, il s'enthousiasme pour Rembrandt, Goya, Franz Hals, le Greco, puis, en 1921 et 1922, pour Corinth, Slevogt et les expressionnistes allemands, en particulier pour Kokoschka et Nolde. En copiant certaines oeuvres comme le "Tres de Mayo" de Goya, il supprime progressivement l'image pour ne plus laisser apparaître qu'un jeu de taches et de tensions.

En 1922, il peint toute une série d'aquarelles qu'aujourd'hui on nommerait informelles et qui, en 1966, feront l'objet d'un album de reproductions préfacé par Will Grohmann. Celles-ci sont suivies en 1923-1924 d'une série de fusains et de sanguines.

1924-1925 : Etudes de philosophie et d'histoire de l'art à l'Université et à l'Académie des Beaux-Arts de Leipzig où il assiste en 1925 à une conférence de Kandinsky qui lui fera découvrir l'existence d'autres démarches abstraites. Ses professeurs lui conseillent d'aller étudier au Bauhaus, mais il préfère les Académies des Beaux Arts de Dresde et de Munich où il continuera à étudier de manière classique la peinture et les techniques avec les professeurs Feldbauer, Dorsch, Wehlte et Doerner (Dresde 1925-1926, Munich 1928).

1926 : A l'exposition Internationale de Dresde il découvre la peinture moderne hors d'Allemagne : l'impressionnisme français, le fauvisme et le cubisme qu'il connaît encore peu. Il s'intéresse plus particulièrement à Rouault, Matisse, Braque et Picasso.

1927-1929 : Deux séjours dans le Midi de la France, à Barcarès, plage de Leucate, près de Perpignan. Confrontation avec l'esthétique de Cézanne, de Van Gogh, puis celle du cubisme, dont l'influence se fera sentir sur son oeuvre jusqu'en 1932.
En septembre 1929, il épouse une jeune Norvégienne, Anna-Eva Bergman, peintre elle aussi, dont il a fait connaissance à Paris.

1930-1931 : Hiver 1930-1931 : séjour sur la Côte d'Azur. En novembre 1931, la galerie Heinrich Kühl à Dresde permet à Hartung d'exposer pour la première fois.

1932 : Hartung expose, avec Anna-Eva Bergman, à la galerie Blomqvist à Oslo. Il travaille un moment dans une île de la Norvège du Sud. La disparition soudaine de son père le bouleverse et altère gravement sa santé. A la suite de cette mort et devant la montée du nazisme, il décide de quitter l'Allemagne. En passant par Paris, il confie quelques-unes de ses toiles à la Galerie Jeanne Bucher en 1933. Il se réfugie aux Iles Baléares, où il se construit une petite maison près de Fornells, port de pêcheurs situé sur la côte nord de Minorque.

1933-1934 : Durant ces deux années, il travaille assidûment et délaisse le cubisme pour revenir à une peinture plus instinctive. Ses avoirs sont bloqués en Allemagne; Hartung n'a plus d'argent, quitte Minorque pour Paris, puis se rend à Stockholm.

1935 : Il revient à Berlin dans l'espoir de rétablir sa situation matérielle, mais il ne peut accepter le régime hitlérien et, pour échapper à la surveillance de la police nazie, cherche à quitter l'Allemagne. En octobre, il réussit à passer en France grâce à l'aide de Will Grohmann et de.Christian Zervos et se fixe - définitivement cette fois-ci - à Paris. Il y devient l'ami de Jean Hélion et de Henri Goetz ; il rencontre Kandinsky, Mondrian, Magnelli, Domela, Mirô et Calder avec lesquels il expose à la galerie Pierre. Son premier atelier parisien se trouve 19, rue Daguerre. De 1935 à la guerre, il participe chaque année au Salon des Surindépendants. Entre 1934 et 1938 il peint la série des toiles appelées "taches d'encre".

1938 : Sa situation financière devient de plus en plus précaire. Hartung déménage et s'installe dans un petit atelier situé 8, rue F. Mouthon (15e). Il traverse une période de grand découragement. Sa femme tombe gravement malade. Les deux époux divorcent. L'Ambassade d'Allemagne retire à Hartung son passeport. Les difficultés se multiplient. Durant un an, Henri Goetz lui donne l'hospitalité. Il travaille dans l'atelier de son ami, le sculpteur Gonzalez, où il se met pour quelque temps à la sculpture.

1939 : Hartung s'inscrit sur la liste des volontaires contre l'hitlérisme, pour le cas où la guerre éclaterait. Au mois de juillet, il épouse Roberta Gonzalez. En décembre, il est mobilisé, versé dans la Légion étrangère et envoyé en Afrique du Nord pour y faire son instruction militaire.

1940-1941 : Démobilisé après la défaite, il revient en France et vit avec la famille Gonzalez, réfugiée dans le département du Lot.

1942-1944 En mars 1942, le sculpteur Gonzalez meurt subitement. Après l'occupation totale de la France, Hartung s'enfuit en Espagne où il est incarcéré. Libéré - sept mois après - il rejoint l'armée française en Afrique du Nord et se réengage dans la Légion étrangère. En novembre 1944, lors de l'attaque de Belfort, il est gravement blessé. Il doit être amputé d'une jambe.

1945-1946 : Fin 1945, il retourne à Paris et recommence à travailler. Il est naturalisé français et décoré de la Croix de guerre, de la Médaille militaire et de la Légion dhonrieur. Il participe après la guerre à plusieurs expositions et est remarqué par divers critiques, dont Charles Estienne, Wilhehn Uhde, Madeleine Rousseau et Léon Degand. Il participe au salon des Surindépendants, au Salon des Réalités Nouvelles, au salon de Mai. Hartung fait une série de gravures (1946-1947).

1947 : Première exposition personnelle de Hartung à Paris, à l'occasion de l'ouverture de la Galerie Lydia Conti. Les toiles de 1947 à 1951 environ ont un caractère souvent anarchique et révolté. Par la suite, elles deviendront plus statiques (1952-1954). Le metteur en scène Alain Resnais tourne un film sur Hartung qui sera présenté en 1948 en Allemagne et en 1950 à la Librairie-Galerie La Hune, à Paris. Hartung fait la connaissance d'amateurs d'art, de critiques et de peintres, en particulier, Schneider, Soulages, Mathieu, Baumeister et Rothko.

1948 : Exposition de dessins anciens et récents (1922-1948) à la Galerie Lydia Conti. Il participe à l'exposition itinérante d'art abstrait français en Allemagne (Stuttgart, Munich, Dusseldorf, Hanovre, Francfort, Wuppertal, Cassel) et à l'exposition "HVvTSMTB" à la Galerie Colette Allendy à Paris.

1951 : Hartung participe à l'exposition "Advancing French Art", à New York, Chicago, Baltimore et San Francisco. Il prend part à l'exposition "Véhémences confrontées" organisée par Michel Tapié à la Galerie Nina Dausset.

1952 : Février-Mars : exposition rétrospective à la Kunsthalle de Bâle. Il expose plusieurs toiles à la Biennale de Venise. Il fait une nouvelle série de gravures (hiver 1952-1953).

1953 : Hartung s'installe avec Anna-Eva Bergman, qui est revenue en France, dans son nouvel atelier, rue Cels (14e). De 1954 à 1959, un nouvel élément apparaît dans la peinture de Hans Hartung : des coups de pinceaux souples et rapides.

1955 : Participe à la première exposition "Documenta" à Cassel. Il expose à la Biennale de Gravure à Ljubljana où il exposera par la suite plusieurs fois.

1956 : Hartung reçoit le prix Guggenheim pour la sélection continentale EuropeAfrique. Il est élu membre de l'Akademie der Kunste de Berlin.

1957 : Il expose à la Kestner-Gesellschaft de Hanovre, l'exposition sera ensuite présentée à Stuttgart, Hambourg, Cologne, Nuremberg. Hartung commence une troisième série de gravures, eaux-fortes et lithographies. A la même époque, il commence une série de pastels qu'il poursuivra jusqu'en 1961.

1958 : Exposition de l'oeuvre gravé de Hartung à Rome, Galerie Il Segno. Il fait une nouvelle série de lithographies. Exposition de son oeuvre lithographique à la galerie La Hune. Le 28 juin, Hartung reçoit le prix Rubens décerné pour la première fois par la ville de Siegen (Westphalie). Il est élu membre correspondant de la Bayerische Akademie der Schônen Kunste de Munich.

1959 : Dans le quartier du Parc Montsouris, Hartung se fait construire un nouvel atelier dont il a lui-même depuis longtemps étudié les plans.

1960 : Le grand Prix International de Peinture de la Biennale de Venise est attribué, à l'unanimité du jury, à Hans Hartung présenté dans une salle du pavillon français. Parution d'une monographie consacrée à Hans Hartung par R.V. Gindertael. Hartung est fait officier des Arts et Lettres.

1961 : Début d'une nouvelle période de son oeuvre caractérisée par des grattages dans la peinture encore fraîche.

1963 : Nouvelle série de lithographies exécutée à Saint-Gall en Suisse.

1964 : Durant l'été, Hans Hartung et Anna-Eva Bergman font un voyage en bateau le long de la côte norvégienne, au-delà du Cap Nord, jusqu'à la frontière soviétique. Ils en rapporteront un millier de photographies. Depuis des années, en effet, Hartung pratique la photo, passion qui date de sa première jeunesse, et plus spécialement au cours de ses voyages en Espagne, au Japon, à New York et à Pittsburgh où il est appelé par la Direction de l'Institut Carnegie à faire partie du jury. C'est la première fois qu'il se rend aux Etats-Unis. Il reçoit la Grande-Croix de l'Ordre du Mérite de la République Fédérale d'Allemagne.

1965 : A l'occasion de la parution d'un catalogue raisonné de l'oeuvre gravé (1921-1965) édité par la Galerie Rolf Schmücking à Braunschweig, une exposition de la totalité de l'oeuvre gravé de Hartung a lieu au musée de cette ville. Expositions de lithographies et de gravures à "American Associated Artists" à New York et à l'Université de Pittsburgh.

1966 : Pour la première fois depuis 1962, puis en 1964 et 1965, mais surtout en 1966 et en 1967, Hartung peint des toiles sans ou presque sans graphisme, de grandes taches sombres. Ces toiles sont généralement de taille considérable. Présentation d'un livre de Will Grohmann: "Hans Hartung, Aquarelles 1922" à la Librairie La Hune à Paris, puis à la galerie "Im Erker" à Saint-Gall, où, à la même époque, il fait une nouvelle série de lithographies. Hartung fait une exposition rétrospective au Museo Civico di Torino (200 oeuvres environ) et une exposition de toiles récentes à la André Emmerich Gallery à New York. C'est le deuxième voyage de Hartung aux Etats-Unis. Il se rend au Japon où il est invité à participer à l"'International Symposium of fine Arts in the East and the West" organisé par l'Unesco.

1967 : Le jury international de la VII- Biennale de Gravure de Ljubljana décerne à Hartung le Prix d'Honneur. Il est élevé au grade de Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres.

1968 : Le Musée National d'Art Moderne de Paris lui consacre une très importante rétrospective (plus de 250 oeuvres).

1969 : Une grande partie de l'exposition du Musée National dArt Moderne de Paris est ensuite exposée au Museum of Fine Arts, Houston, au Musée du Québec et au Musée d'Art Contemporain de Montréal.

1970 : Il reçoit le Grand Prix des Arts de la ville de Paris.

1971 : Hartung illustre de quinze lithographies originales le livre de poèmes de Jean Proal "Farandole" (Editions Poligrafa, Barcelone). Il réalise également pour l'éditeur Gustavo Gilli, à Barcelone, un album de cinq gravures sur cuivre "les estampas de la Cometa".

1974 : Plusieurs manifestations et publications célèbrent le 70e anniversaire de Hartung, en particulier une rétrospective au Wallraf Richartz Museum de Cologne, correspondant au 150e anniversaire de la fondation du musée et la parution d'un numéro spécial de la revue "Cimaise" consacré à Hartung.

1975 : Une exposition rétrospective de Hartung est présentée à la Nationalgalerie, Berlin et à la Stâdtische Galerie, Munich. Le Metropolitan Museum, New York expose 27 oeuvres monumentales récentes de Hartung. L'éditeur Albert Skira publie l'ouvrage "Un monde ignoré vu par Hans Hartung", poèmes et légendes de Jean Tardieu, accompagné de reproductions de photographies de Hans Hartung.

1976 : Hans Hartung publie, aux Editions Grasset, un livre de souvenirs "Autoportrait". Citoyen d'Honneur de la ville d'Antibes.

1977 : Elu membre de l'Institut, Académie des Beaux-Arts, Paris. Elu membre de l'Ordre pour le Mérite für Wissenschaften und Künste Bonn. Première exposition de photographie au Cercle Noroit à Arras. Depuis quelque temps la photographie prend de plus en plus d'importance partout et Hartung qui, dès sa prime jeunesse s'était beaucoup intéressé à cet art, se décide, puisqu'on lui demande, à exposer ses photos publiquement. Le Centre Georges Pompidou organise pour quatre années une exposition itinérante de lithographies et gravures de Hartung à travers la France.

1980 : Une exposition personnelle restreinte aux oeuvres d'avant la guerre de 1939 est inaugurée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris par le Maire de Paris, Jacques Chirac, qui, à cette occasion, remet à Hartung la Médaille de Vermeil de la Ville. En décembre émission d'un timbre-poste Hartung. En même temps le Musée de la Poste à Paris organise une exposition de toutes les tapisseries et de nombreuses gravures sur bois de Hans Hartung et de sa femme, Anna-Eva Bergman.

1981 : Un an après la mort d'Oscar Kokoschka le gouvernement autrichien lui consacre un prix biennal. Hartung est le premier à le recevoir. La Stâdtische Kunsthalle à Düsseldorf et ensuite la Staatsgalerie Monderner Kunst à Munich organisent une grande exposition rétrospective ainsi que les Fondations Henie-Onstad en Norvège.

1982 : Cette année-là, Hartung a l'honneur de se voir consacrer une salle personnelle permanente à la Statsgalerie Moderner Kunst à Munich. La salle se compose en partie de tableaux achetés et en partie d'une donation de l'artiste. Inauguration d'une exposition itinérante de photographies au Centre Georges Pompidou, exposition qui circule toujours et qui a été montrée, entre autres à la Hochschule für angewandte Kunst de Vienne.

1983 : Le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d'Azur inaugure au Musée d'Antibes une exposition de photographies qui a duré deux années. Exposition au Kupferstich-Kabinett der Staatlichen Kunstsammlungen de Dresde des 61 lithographies et gravures que Hartung leur a offertes pour leur collection.

1984 : Ouverture d'une salle Hartung permanente au Hessisches Landesmuseurn à Darmstadt, dans le nouveau musée d'art moderne. Cette salle se compose de 11 toiles, pour la plupart de très grandes et en partie une donation de l'artiste. Hartung est élu Membre de l'Ordre de Maximilien de Bavière pour la Science et l'Art. Il a le grand honneur de recevoir aussi, en même temps, le Grand-Croix de l'Ordre du Mérite de la République Fédérale d'Allemagne, avec étoile.

1985 : Il reçoit la grande plaque du bimillénaire de la Ville de Paris.


1987 : Exposition "Premières peintures 1922-1949 " au Musée Picasso à Antibes. Décès de Anna-Eva Bergman le 24 juillet.

1988 : Rétrospective au Palazzo dei Diamanti à Ferrare. Exposition de travaux récents au Musée des Beaux-Arts de Carcassonne.

1989 : Hartung est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur par le Président de la République. Il fête son 85e anniversaire dans les salles de son exposition au Musée d’Unterlinden à Colmar.

Pendant les trois dernières années de sa vie, Hartung s’est profondément renouvelé pour offrir une ultime période de création.
Décès le 7 décembre à Antibes. Selon ses vœux, dispersion de ses cendres dans la Méditerranée.

 
Monographies
Présentation des monographies (hors catalogue d'expositions)
textes de présentation Annie Claustre
1949, Madeleine Rousseau et Ottomar Domnick, préface de James Johnson Sweeney, "Hans Hartung"
1960, R.V Gindertael, "Hans Hartung"
1961, Dominique Aubier, "Hartung"
1962, Jean Tardieu, "Hans Hartung"
1965, Rolf Schmücking, "Hans Hartung. Werkverzeichnis der Graphik 1921-1965"
1966, Will Grohmann, "Hans Hartung Aquarelle 1922"
1966, Umbro Appolonio, "Hans Hartung"
1967, Jirï Siblik, "Hans Hartung"
1976, Hans Hartung, récit receuilli par Monique Lefebvre, "Autoportrait"
1977, Pierre Descargues,"Hartung"
1991, Pierre Daix, "Hartung"