GILIOLI

1911
Emile Gilioli nait à Paris le 10 juin d’une famille italienne originaire de l’Emilie. Son père, cordonnier de métier, travaillait aux mosaïques du métro parisien.

1914
A la déclaration de la première guerre mondiale la grand-mère paternelle ramène Emile à Reggiolo en Italie.

1917
Emile a six ans, il commence à travailler chez le forgeron du village.
Dès l’âge de huit ans il aime sculpter et voulant se faire une tire-lire, celle-ci se transforme en poire et prend vite la forme d’un diamant à facettes.

1928
Emile rentre en France et rejoint son père à Nice qui s’est établit comme cordonnier. Il travaille chez le forgeron de la rue Trachel qui œuvrait le fer forgé. De santé fragile il ne peut continuer ce travail trop dur et en 1929, il est admis à suivre les cours du soir de l’Ecole des Arts Décoratifs de Nice. Il travaille pour les décorations du Carnaval et commence àtravailler chez le sculpteur italien Chiavacci : décorations pour les jardins, ornementation de la façade du lycée de Nice etc.

1931
Après son service militaire il réussit au concours d’admission de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux--Arts de Paris et obtient de la ville de Nice une bourse pour continuer ses études ce qui lui permet de s’installer dans un petit atelier 55 rue de Seine.
Il fréquente les cours de Nu de la Grande Chaumière et l’Académie Ranson où il se fait connaître de Despiau. Il rentre ensuite dans l’atelier de Jean Boucher, « Poète-Sculpteur », qui professait que la sculpture ne devait pas être déterminée par le modèle mais par la lumière qui l’enveloppe.
Cette époque marque le début de son chemin lent et patient, et sa première rupture avec l’apprentissage académique, époque où régnait l’image de Rodin et de Brancusi. Les sculptures qu’il exécute vers 1935 dans son petit atelier de la rue du Moulin-de-Beurre ont toutes été perdues.

1937
Il rencontre Babet Boissel qui deviendra sa femme et travaille pour Robert Couturier aux décorations du Pavillon de lElégance pour l’Exposition Universelle de Paris. La plupart de ses réalisations sont des mannequins, grands, sans visage, avec des déformations accentuées, présentés dans une atmosphère fantastique. Il fit scandale.
Il voyage en Italie à Rome et à Florence.

1939
Il expose au Salon de Mai et au Salon des Tuileries la « Tête d’André », quelques mois après, il est mobilisé et envoyé en tant que vivandier dans les Alpes-Maritimes. A la signature de l’armistice il est démobilisé et rejoint Babet à Grenoble où il reste cinq ans.

1941
Il s’installe dans un atelier 15, avenue d’Alsace-Lorrajne. Il se lie d’amitié avec Andry-Farcy, vieil élève de Gustave Moreau et conservateur du Musée de Grenoble, avec le peintre surréaliste, élève de Masson, Démètre Verbanesco et avec Henri Closon du groupe abstraction-création. Tous les trois eurent sur Gilioli une grande influence.
Ce fut une période décisive pour sa formation artistique. Il sculpte la pierre et le bois et l’argument religieux a une importance considérable. Le dessin et la sculpture deviennent des activités complémentaires.
Première exposition de sculptures et dessins à la galerie Laforge de Grenoble.

1942
Il exécute un Saint-Pierre pour l'Eglise de Saint-Auban dans les Basses-Alpes et un Christ pour lEglise du Sacré Cœur de Grenoble. Il subsiste encore dans ces œuvres un peu d’expressionisme.

1943
La Douleur Accroupie révèle une nouvelle conception de la masse qui annonce les futures formes abstraites.

1944
Le mémorial de Voreppe marque ùn nouveau tournant dans son œuvre.

1945
Il exécute deux Vierges, l’une pour l'Eglise de Sinard, l’autre pour Méaudre dans l’Isère. En 1945 il réalise la sculpture Le Couple où les masses semblent s’enfermer dans un bloc d’où émergent des arêtes. Premier dessin et première sculpture abstraits: La Halle Aux Vins. Buste de Babet.

1946
Gilioli et Babet reviennent à Paris dans l’atelier de la rue du Moulin-de-Beurre. Gilioli se lie d’amitié avec Dewasne, Deyrolle, Vasarely et intimement avec Poliakoff. Il montre à la galerie Breteau et dans les expositions d’avant-garde ses premières œuvres abstraites. Son retour à Paris marque la fin de sa période de recherche sur la densité de la sculpture, des masses. Ses dessins sont toujours d’une grande liberté et serviront parfois de cartons de tapisserie. Il réalise Cadran Solaire. Dans son cycle de représentations féminines, Babet devient son unique modèle.

1947
Il participe au Salon de Mai et pour la première fois au Salon des Réalités Nouvelles. Il fréquente le groupe de la galerie Denise René où il est introduit par Dewasne et Deyrolle. La Sphère est de cette année. L’Ange est exécuté lorsqu’il fit la connaissance de Brancusi et montre les prémices du futur rapport entre les masses et l’espace, la dynamique est suggérée par le jeu des formes.

1948
Il participe aux expositions de groupe de la galerie Denise René qui réunit les sculptures de Arp, Calder, Picasso, Giacometti, Laurens, J acobsen, Lardera et des peintures de Dewasne et Deyrolle.

1949
Il reçoit la commande du Monument des Déportés de l’Isère sur les recommandations de Jean Cassou et d’Andry-Farcy. Il débute dans la tapisserie et est un des membres fondateurs du salon de la Jeune Sculpture.
Dans ces années Gilioli tente un nouveau langage abstrait, il prend comme base des éléments de la réalité et par quelques indications les transcrit en thèmes irréels. Ce sont pourtant bien des humains, des choses ou des architectures.
Architecture Fantastique en pierre rose est dans cette idée. Il réalise une des version du Couple qui en 1951 sera baptisé Petit Bateau des Amoureux.
La Barque du Pécheur, idée mûrie depuis 1946, sera offerte à sa Majesté la Reine Juliana par le Président Georges Pompidou en 1972.

1950
Il reçoit la commande pour le Gisant de Vassieux et exécute également pour l’Eglise de Vassièux une Vierge à l’Enfant. Durant les années 50 il travaille intensément aux cartons de tapisserie.

1951
Gilioli est élu Vice-Président du groupe Espace animé par André Bloc, Fernand Léger et le Corbusier. Il exécute le Monument aux Martyrs du Vercors à Vassieux, Histoire Crétoise en fer peint en rouge et bronze. Gilioli veut créer ses œuvres en fonction de la couleur, la couleur donne une dimension nouvelle à ses sculptures : «Je continue à écraser la lumière sur les plans successifs pour qu’elle y reste... ». Le Paquier en est un exemple. Il arrive à rendre polymorphes les quatre Babet et le Petit Pot de Fleurs en les travaillant comme des facettes de diamant.

1952
Il participe avec Prière et Force au Concours international pour le Monument du Prisonnier Politique inconnu. Il exécute pour le Salon des Arts Ménagers la Grande Cheminée, aujourd’hui à Clairefontaine chez l’architecte Marcel Roux.

1953
Il réalise Les Filles du Drac, Royaume des Cieux et exécute un bas-relief pour un immeuble de Montrouge, des décorations pour la gare de Chamrousse et la fonderie Susse à Arcueil. Esprit, Eau et Sang, d’abord maquette d’un projet pour le Mémorial de la Résistance, devient en bronze Hommage à Robert Buron. Le Tare Gallery achète Prière et force.

1954
Dans les dix années qui suivent, Gilioli va exprimer son style dans toute sa plénitude, avec des recherches de matériaux précieux et inhabituels.
Il arrange la polychromie pour le village Nerpic à Grenoble. Il achève Le Guerrier commencé en 1947.

1955
Il exécute les sculptures Demeure d’Eternité en bronze poli, Ciel et Mer en cristal de Baccarat, Ravenne en agathe.

1956
La Chimère en onyx du Mexique, Etoile du Matin et Voyage imaginaire. Il commence le cycle de l’Oiseau et achète l’atelier de la rue Gager-Gabillot à Paris.

1957
Il entre à la galerie Louis Carré. Obtient à Sao-Paulo le Grand Prix de la Tapisserie.
Le Museum of Modem Art de New-York et l’Art Institute de Chicago achètent ses sculptures.
Il exécute Reggiolo en marbre jaune de Sienne, la Chenille, Rose Mystique, L’homme Oiseau et la Femme Oiseau pour le cycle de l’oiseau. Babet à la Mer, Babet à. la Montagne.

1959
Gilioli obtient le Grand Prix de Sculpture de la ville de Carrare.
Sonja Henie achète Esprit, Eau et Sang, qui fera partie du musée de la Fondation Sonja Henie et Niels Onsradr d’Oslo. Il exécute le Clocher pour le parc Maraboot de Stockholm, la Grande Femme Oiseau, L’Etoile en cristal de Baccarat. L’Arche des Oiseaux en pierre de Tonnerre est de forme géométrique en plans décalés et coupures inattendues et l’Ange-Gardien est un bloc poli qui émet sa propre lumière. Ses reliefs. en plâtre gravé, suivent la même thématique.

1960
Il exécute les vitraux pour la Chapelle de Voiron et un Christ pour une église de Mulhouse, qui est refusé par la Commission d’Art Sacré de Strasbourg. Il s’en suit une polémique dans la presse.

1961
Gilioli étudie comment le volume peut devenir habitable. Petite place au soleil exécutée cette année là est présentée au Salon de Mai. On retrouvera les mêmes préoccupations en 1963 avec la Demeure d’éternité et une maquette d’église présentée à l’exposition Sculpture-Architecture chez Anderson-Meyer.

1962
Sa sculpture l’Homme-Oiseau est placée sur une place publique de Lund en Suède. Il réalise une sculpture pour l’autoroute Anvers-Aix-La-Chapelle.

1963
Durant ces années, Gilioli verra se concrétiser son rêve, voir vivre ses sculptures dans l’espace naturel. Les commandes se multiplient, Gilioli étant considéré à juste titre comme le plus en accord avec l’architecture. Ses sculptures par leur présence donnent du prestige aux alentours, surtout lorsqu’elles deviennent monumentales comme l’Homme-Espace. Il réalise Château-Fort en cristal de Baccarat qui est une symbiose architecture-sculpture. La sculpture devient ici pour Gilioli la « matière » des symboles architectoniques. Stella Maris reflète l’esprit d’une ville imaginaire aux formes pures et élancées. Il exécute une sculpture monumentale pour le Lycée Technique de Guingamp. Il présente la
Demeure d’Eternité au Grand Palais pour l’exposition Le Prestige de l’Or.
Il est promu Chevalier de la Légion d’Honneur.

1965
Il reçoit à la suite d’un concours, la commande du monument de Dag Hammarskjoeld l’Homme de Paix qui sera érigé à Jonkoping en Suède. Il exécute La Persistance de la sphère pour le Nouvel Hôtel de Ville de Grenoble.

1966
Avec Astrale Gilioli arrive à la perfection de la forme pure. Il est nommé Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

1967
Dans l’Oiseau Mystérieux réalisé en différentes versions: onyx vert, pierre rose de Milan, marbre blanc, les formes sont réduites à une masse géométrique sur laquelle reposent des profils inattendus. Il renonce à la polychromie dont les variations en fonction de l’éclairage détruisaient ou modifiaient la forme.

1968
Voyages en Grèce et en Turquie. Exécute les sculptures Célébration de la Boule, Jeunesse, Saint-Dominique, Poursuite de la Caravane etc. Parution du livre la Sculpture par Emile Gilioli aux Editions Roberr Morel.

1969
Il exécute une sculpture monumentale pour le Lycée de Quimper, l’Autel et le Tabernacle de l’Eglise Notre-Dame du Rosaire à la Tronche (Isère), et une mosaïque pour l’immeuble Le Périscope de Paris. Il reçoit la commande d’une grande tapisserie pour le Palais de Justice de Lille. Il réalise l’Ange Combatta~zt, Jeanne-d’Arc, l’Homme de l’Espace et plusieures médailles.

1971
Il recherche la relation espace-temps, un Instant, une Distance et Soleil sur la Colline sculpture bidimentionnelle, une forme inclinée et aigue, très dynamique sur laquelle est posé excentré un disque. Il réalise Lune, Soleil en devenir ainsi qu’un grand nombre de tapisseries et une série d’assiettes pour la Manufacture de Sèvres.

1972
Gilioli exécute une sculpture pour un bassin du parc de l’I.U.T. de Sceaux.
La statue de Jeanne-d’Arc est érigée au Camp de Canjuers et le monument du Plateau des Glières est inauguré par André Malraux le 2 Septembre 1973.

1974
Ses recherches architectoniques rendent les formes de plus en plus géométriques, même les titres qu’il donne à ses sculptures parlent d’architecture: Tour carrée, La Maison du Berger, Plan Architectural, Belledonne qui est plus un relief qu’une sculpture.
Il réalise des variations sur le thème de l’Instant et de la Distance ainsi que le monument en hommage aux Martyrs de la Résistance de Reggiolo. Il termine l’Anneau et Graphisme Ovale. Il reçoit le Grand Prix de la Ville de Paris.

1975
Il réalise en acier inoxydable la Chute d’Icare dont la première idée remonte à 1949.
Ces approches de la sculpture linéaire s’appuient sur le volume, le vide, l’espace et l’air qui les traverse. C’est une direction neuve pour lui bien que en gestation depuis de nombreuses annees.

1976
Les œuvres de cette année semblent être un retour à des sculptures antérieures faites de facettes et de surfaces polies.

1977
Emile Gilioli meurt le 19 janvier à Paris. Durant plus de 30 ans Gilioli a créé une œuvre dont le répertoire des dessins, des gouaches, tapisseries, sculptures, constitue un ensemble d’une qualité exceptionnelle tant par la cohérence, la rigueur, et l’absolu. L’examen de son œuvre nous révèle qu’elle ne comporte aucun volume mathématiquement déterminé, cube, arêtes etc. mais qu’elle résulte au contraire d’une mise au point de l’œil et de l’esprit dont la main est l’instrument et qu’elle consiste à situer les plans dans la lumière pour en atténuer la géométrie et leur donner de la vie. « La sculpture n’est pas seulement une profession, c’est une confession » Gilioli.


Belledone, 1974




Signal, 1976


N. 1126, 1960



N. 1096, 1960



RETOUR INDEX ARTISTES